Eminem - Recovery

Publié le par bouillon-de-chroniques.over-blog.com

http://media.paperblog.fr/i/326/3267329/eminem-recovery-tl-L-1.jpegLe rappeur hors pari, prodige de Détroit, revient sur les devants de la scène avec l’album Recovery. Après des années un peu plus dures avec le semi-échec Relapse, qu’il n’avait pas extrêmement bien vendu (3 Millions d’exemplaires en fin d’exploitation), Eminem est revenu le 18 Juin 2010, et accroche le sommet des charts mondiaux depuis cette date. Déjà vendu à près de 4 Millions d’exemplaires dans le Monde, cartonnant avec son duo avec Rihanna, Love The Way You Lie, Eminem est-il redevenu le roi ?

 

Souvenez vous, c’était il y à peine plus d’un an, en Mai 2009, Eminem revenait avec un album solo après des années passées loin des studios. Rappelez-vous, dans We Made You, il parodiait Sarah Palin en lui faisant prendre les traits d’une actrice X. Il remportait le Grammy Award de l’album Rap. De cet album, on retiendra plus Beautiful que We Made You.
Le retour d’Eminem avait donc été couronné d’un succès critique, mais d’un succès public très relatif. Il prévoyait un Relapse 2, il nous a finalement livré la bombe Recovery.

 

« J'avais initialement prévu que Relapse 2 sorte l'année dernière. Mais j'ai enregistré avec beaucoup de nouveaux producteurs, et l'idée d'une suite à Relapse avait de moins en moins de sens, donc j'ai voulu faire un album complètement différent. Les titres de Recovery sont très éloignés de Relapse, et ce nouvel album mérite son propre titre. »"

 

Recovery, c’est une pépite du rappeur. Il mérite bien sa place à côté de son album The Marshall Mathers LP, Eminem nous dévoilant une nouvelle direction artistique.

 

Parler d’Eminem, c’est d’abord parler de paroles avant tout. L’artiste est sans doute ce qu’il se fait de mieux en matière de paroles actuellement. Sa façon de jouer avec l’anglais étonne encore, tellement il joue à chaque fois sur les mots et sur les rimes. Il aborde de nouveaux thèmes, fait parfois son mea culpa et ouvre de nouveaux horizons.

Le titre Not Afraid, lead single de l’album, est certainement l’exemple le plus criant. Eminem n’hésite pas à rappeler ses errements passés, admettant la moindre qualité de Relapse, il se révèle plus que jamais à travers ses paroles, et rappelle à quel point elles sont personnelles (“What you think, I'm doing this for me, so fuck the world”).

S’interpellant lui-même, il retrace son parcours, rend hommage à son public (“It was my decision to get clean, I did it for me, Admittedly i probably did it subliminally for you”). Not Afraid est ainsi un morceau aux paroles déchirantes, servies par un refrain accrocheur et une mélodie incritiquable. Dès le premier single d’exploitation, le fan sait qu’il en aura pour son argent.

 

Comme une rédemption, Eminem n’oublie jamais de remercier le public qui lui a tant apporté. Dans Talkin’2 Myself, il balance encore des paroles qui lui collent à la peau.

(“Is anybody out there? It feels like im talkin to myself, No one seems to know my struggle, And everything i come from”). (“Y a t-il quelqu’un, j’ai l’impression de me parler à moi-même, personne sembler connaître ma lutte, et de savoir d’où je viens”).

Sur Cold Wind Blows, si Eminem remplit le morceau de vulgarités, il s’identifie au vent froid, refusant la lumière des projecteurs.

Dans Going Through Changes, le rappeur s’excuse encore, mais rappelle à quel point il déteste sa vie, son reflet (“When inside, I’m dying, I am finally realizing I need help”). Il évoque le suicide, et la mort de son meilleur ami, tué lors d’une fusillade en 2005 (“And I just lost my fuckin’ best friend, so fuck it, I guess then…”).

Avec WTP, Eminem raconte le mal être et les déboires autour de l’alcool et des soirées.

 

L’amour déchu, amère et douloureux, c’est un autre des thèmes de l’album. Avec toute son intelligence, le rappeur se veut par moment séducteur, cru, ou évidemment éminemment réaliste. L’amour se veut irrationnel, voué à l’échec et lié à la violence. Il est plus pris comme une punition que comme une libération, Eminem s’éloignant ainsi des sentiers battus. Il est ainsi toujours question de tempêtes et de vents froids.

 

On pense bien sûr à Love The Way You Lie, un hymne où Eminem contre la violence où le choix de Rihanna apparaît bien sur, de part son histoire personnelle, comme un ultime hommage. No Love reprend le même thème de l’amour qui a déçu. Inexcusable, impardonnable, Eminem se montre particulièrement acerbe. Dans 25 To Life, le couple est plus décrit comme une terrible malédiction, où s’enchaînent les erreurs et mènent tout droit à la rupture, et à la violence. La violence qui ressort du flow du rappeur creuse encore cet aspect des titres.

La chronique d’un amour passionné, irrationnel et déchu, est encore d’occasion dans Space Bound, dont la poésie des paroles vaut pour moi celles de Not Afraid. Il s’agit là d’un petit bijou, où Eminem décrit l’amour comme condamné à finir mal. La chanson démarre bien sûr sur le bonheur des premiers émois, mais terminera par la lassitude et le désespoir encore et toujours causé par l’amour.

Avec Cinderella Man, Eminem termine ce mouvement en abordant l’amour autour du personnage bien connu de Cendrillon. Là encore ressort toute l’ironie d’avoir choisi ce personnage.

 

Derrière cette rédemption, le rappeur reprend sa plume acide et amère sur le monde qui l’entoure. Dans On Fire, il envoie bouler les critiques, Michael J.Fox en prend à plusieurs reprises pour son grade, mais Eminem apparaît moins provocateur qu’auparavant. La culture américaine est toujours bien mise en avant, avec de nombreuses références, qui font ressortir les qualités d’écriture de l’auteur. Là encore, pour apprécier le rappeur, il faut creuser dans toute la pop culture américaine, jusqu’à aller chercher le personnage de Kenny de Southpark dans WTP. 

Sa démarche est plus personnelle sur cet album, et c’est pour moins plus non négligeable. Relapse avait ce défaut de vouloir être provoc à tout prix.

 

Le changement de cap se voit bien sûr au niveau des mélodies de l’album. La patte du Dr Dre, son légendaire producteur, étant moins présente, Eminem a multiplié les collaborations et les featurings pour mieux structurer son album. Il fait appel à Pink, Kobe, Lil Wayne ou Rihanna, et leur donne l’occasion de mettre en valeur et en relief des morceaux, les utilisant particulièrement sur les refrains. Sur Love The Way You Lie, la voix de la chanteuse de la Barbade, Rihanna, est mieux utilisée que jamais. On y voit toutes ses capacités et le timbre si particulier y ressort à merveille.

Finalement, Eminem se montre particulièrement habile en maîtrisant mieux ses instrumentations et en empruntant à de nouveaux genres. On y retrouve des touches plus R’N’B, plus rock (Won’t Back Down, duo agressif avec Pink moyennement réussi) et même un peu de Funk grâce à Kobe.

 

Que reprocher à cet album ? D’abord une structure trop redondante pour les différents morceaux de l’album. A chaque fois, on retrouve une introduction, souvent mise en valeur par un invité, qu’on retrouve sur le refrain. Entre temps, aucune interaction, et il en ressort une impression de froideur étonnante. L’exemple le plus frappant est bien sûr Love The Way You Lie, morceau très réussi et tubesque (Pour preuve, il est certainement l’un des plus grands tubes d’Eminem), réalisé à la dernière minute : Eminem n’a même pas enregistré avec la chanteuse, il s’est contenté de lui envoyé pour qu’elle enregistre sa partie. Rebelote en Live, où lorsqu’Eminem prend la peine d’inviter Rihanna, qu’il avait plusieurs fois critiques dans ses précédents albums, il se tient soigneusement à l’écart.

Enfin, je pense que de part l’intensité des morceaux, Recovery est éprouvant à écouter d’une traite. Le son est souvent agressif, et parfois même peu agréable. En ressort cette collaboration avec Pink, où la chanteuse hurle plus qu’elle ne chante.

 

Bilan : Un excellent album. En ce début de blog, je n’ai choisi que des grosses pointures et je dois dire que pour l’instant, mes critiques sont presque toutes élogieuses. Il faudrait vite que je trouve quelque chose à critiquer, ça me fait tellement plaisir.

Mais qu’importe, Eminem reste certainement le roi du rap. Les paroles sont bien sûr parfaitement écrits, les thèmes sont abordés de manière intelligente et sont mis en valeurs par la trame musicale de l’album et par les différentes collaborations.

Recovery montre bien l’évolution de l’artiste, ne ressemblant pas aux précédents albums du rappeur, empruntant de nouveaux tournants musicaux. Une rédemption étonnante et réussie qui ne déloge pas à la règle de la provoc et de quelques ratés. Après son retour, qui n’avait pas réellement convaincu, sur Relapse, Eminem revient au sommet avec Recovery. Espérons que ça dure.

 

Bonus : Les meilleurs morceaux de Recovery. 

Le Clip de Love The Way You Lie, avec Rihanna.

Publié dans Chroniques Musicales

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